En France, les plats à base de pâtes dominent invariablement les menus scolaires, devant les recettes traditionnelles ou les légumes. Malgré les recommandations officielles, les écarts entre les apports nutritionnels réels et idéaux persistent dès le plus jeune âge. Les choix alimentaires des enfants reflètent souvent des influences sociales et culturelles tenaces, y compris des différences marquées selon le genre. Des collectivités locales expérimentent de nouveaux dispositifs pour améliorer l’offre, tandis que des campagnes nationales tentent de redéfinir les standards. Pourtant, les préférences restent difficiles à faire évoluer sans une action coordonnée entre familles, écoles et décideurs publics.
Pourquoi les enfants aiment-ils certains plats ? Comprendre les préférences alimentaires à la lumière de la nutrition
Derrière le plat préféré des enfants, il y a beaucoup plus que le simple plaisir du goût. Les plats qui remportent tous les suffrages sont souvent composés d’aliments rassurants et connus, servis aussi bien à la maison qu’à la cantine. Les assiettes gagnantes : pâtes, riz, pommes de terre, jouant sur la douceur, le moelleux, une texture facile à mâcher. Un peu de sauce tomate, du fromage fondu, et ces bases deviennent irrésistibles à leurs yeux, porteuses de souvenirs, gages de convivialité.
Cela ne doit rien au hasard. Ce sont les routines alimentaires et la répétition, dès la petite enfance, qui modelent les préférences. Plus un aliment apparaît souvent sur la table familiale, plus il gagne du terrain dans le cœur des petits. Des études menées dans plusieurs pays européens l’observent clairement. La dimension sensorielle est centrale : la couleur, la texture mais aussi l’odeur peuvent rendre un plat gagnant ou le condamner d’avance.
Pour illustrer ce phénomène, voici plusieurs exemples révélateurs :
- Les légumes au goût prononcé, par exemple le chou-fleur ou les carottes râpées, sont fréquemment mis de côté dans la hiérarchie des préférences.
- La viande, le poisson ou les œufs rencontrent plus de succès auprès des enfants lorsqu’ils sont accompagnés par un féculent populaire ou une sauce bien connue.
C’est avant tout la recherche du plaisir immédiat qui guide les enfants. Les notions de vitamines ou de minéraux passent bien après le souhait de retrouver la purée qui fond en bouche, ou un gratin qui sent bon le fromage. Où que l’on vive et quel que soit le milieu, l’attachement émotionnel à certains plats est d’une force tenace. Le rapport à l’alimentation chez les enfants se tisse dans le vécu, les repas partagés, la mémoire familiale avant tout autre critère.
Stéréotypes de genre : en quoi influencent-ils les choix alimentaires dès le plus jeune âge ?
La famille pèse de tout son poids au moment du repas. Chez les tout-petits, les habitudes et préférences se forment souvent sous l’influence des parents, parfois même à leur insu. Certains aliments sont davantage proposés aux garçons, réputés convenir à leur appétit ou censés leur donner de l’énergie, alors que les desserts et saveurs sucrées sont plus fréquemment réservés aux filles, synonymes de douceur et de réconfort. Ce sont des codes transmis presque mécaniquement, qui marquent les goûts durablement.
L’assiette devient alors un terrain de déclaration d’indépendance, ou de conformité. Quelques-uns refuseront obstinément les légumes ; d’autres suivront la norme du groupe ou la volonté parentale. Le repas en commun, en France, reste un moment sacré, vecteur d’attentes et de non-dits. Faire plaisir par une préparation maison ou, au contraire, adopter une recette en vogue relève autant du geste nourricier que de l’intégration dans un système de valeurs.
L’école reprend le flambeau. Selon l’Institut national de la statistique, la présence ou l’absence de certains plats, végétariens, exotiques, traditionnels, varie d’une classe à l’autre et reflète le contexte familial et social. Les choix ancrés dans la petite enfance structurent durablement les préférences jusqu’à l’adolescence, faisant émerger des différences selon le genre, mais aussi selon le cadre éducatif.
Pour rendre ces clivages concrets, quelques situations récurrentes :
- Il n’est pas rare que, dans certaines familles, on serve moins de légumes aux garçons, leur préférant des plats plus « classiques » à base de féculents ou de viande.
- À l’heure du goûter, les choix sucrés s’invitent souvent dans les cartables des filles, tandis que les en-cas plus consistants sont proposés aux garçons, selon des routines installées dès la maternelle.
Au final, la construction du goût reflète la force de ces repères collectifs. Les préférences alimentaires ne sont jamais neutres : elles découlent de codes transmis, répétés et rarement remis en question durant l’enfance.
Des cantines scolaires aux initiatives innovantes : comment améliorer concrètement la qualité nutritionnelle des repas pour les enfants
La pause déjeuner à la cantine n’est pas qu’un moment pour se rassembler autour d’une table : c’est aussi un outil d’éducation au goût et à l’équilibre. Aujourd’hui, plus de six élèves sur dix prennent leur repas à la cantine. Cette réalité confère une responsabilité majeure aux collectivités et au personnel qui officie chaque jour pour composer, ajuster et améliorer les menus proposés. Bien souvent, les équipes cherchent à renouveler les ingrédients, à mettre en avant davantage de produits frais, tout en affrontant une équation budgétaire complexe.
Des initiatives concrètes émergent et dessinent d’autres façons de faire découvrir la variété alimentaire. Certains chefs, des diététiciennes ou des animateurs lancent des ateliers cuisine pour les enfants ou des événements avec les familles, donnant l’occasion de toucher, sentir, goûter les aliments autrement. Cette ouverture a des répercussions directes dans les plats proposés :
- Remplacement progressif des frites par des pommes de terre rôties, plus saines et tout aussi appréciées,
- Association créative de légumes et de protéines dans des recettes colorées,
- Mise en valeur des produits de saison, présentés sous forme de gratins ou de petits plats en sauce qui les rendent attractifs.
Ce n’est pas qu’une question de cuisine : il s’agit aussi de rendre plus accessible la compréhension de ce que l’on mange. Des organismes comme APRIFEL ou OpinionWay développent de nouveaux supports pour sensibiliser petits et grands, des affiches, des vidéos, des jeux pédagogiques. La demande de clarté se renforce, aussi bien de la part des familles que du côté des professionnels. Certains établissements affichent la composition des repas pour les parents ou organisent des commissions qui impliquent les élèves dans le choix des futurs menus.
À table, désormais, manger rime avec découverte et éducation. Au fil des jours, la cantine devient le scénario d’apprentissages qui laisseront des traces dans la manière de se nourrir à l’âge adulte. Un enjeu collectif, pétri de défis et de promesses, prêt à se réinventer à chaque service.


