93 %. C’est la proportion de foyers français connectés à Internet en 2023. Dix ans plus tôt, ils n’étaient même pas deux sur trois. Cette montée fulgurante de la connexion chamboule le quotidien familial, toutes générations confondues. Les réseaux sociaux, les jeux en ligne, les messageries instantanées : tout cela a tissé de nouveaux rituels entre les murs du foyer, avec des effets qui varient selon l’âge de chacun.
Des enseignants remarquent que les échanges familiaux migrent désormais sur les réseaux, alors que des études soulignent une baisse du temps de discussion en face-à-face. Du côté des spécialistes de l’enfance, on observe une transformation des manières de se socialiser, parfois perçue comme préoccupante.
Internet et vie de famille : entre opportunités et nouveaux défis
L’arrivée massive d’Internet dans les foyers français a redessiné la vie de famille. Les écrans se sont installés partout, du salon aux chambres, et ont bouleversé la communication comme la qualité des liens familiaux. Le sociologue François de Singly le souligne : l’explosion des outils numériques « a déplacé les frontières de l’intimité et du dialogue au sein du foyer ». Aujourd’hui, la « présence partagée » prend une tournure inédite. Un parent peut travailler, s’informer, faire défiler les réseaux sociaux, tout en étant assis à côté de ses enfants, cette proximité ne garantit en rien une attention réelle.
Mais Internet, c’est aussi son lot de bénéfices. L’accès à l’information s’en trouve simplifié, les souvenirs se partagent en un clic, et les liens familiaux à distance s’en trouvent ravivés grâce aux appels vidéo ou aux messageries. Pour les familles dispersées, ces outils numériques deviennent de véritables passerelles affectives. Parents et enfants peuvent aussi s’appuyer sur toute une palette d’outils éducatifs et ludiques, plébiscités des deux côtés.
Le revers de la médaille n’est pas à ignorer. Une utilisation excessive des écrans peut vite installer une distance invisible. Laurence Douarin, spécialiste du numérique, met en garde contre la « dilution des échanges authentiques » : cohabiter ne suffit plus à tisser du lien. Le temps passé devant les écrans grignote les moments de discussion spontanée, parfois au détriment de la complicité parents-enfants. Les réseaux sociaux, omniprésents, apportent leurs propres codes, et parfois leurs tensions dans la sphère privée.
Voici comment ces bouleversements se manifestent dans le quotidien familial :
- La communication intrafamiliale se réinvente : échanges via messageries, organisation familiale sur applications, mais aussi disputes autour des règles à respecter.
- La limite entre vie privée et exposition publique s’estompe, laissant enfants et parents face à de nouveaux défis autour de la confidentialité.
Le numérique façonne une famille connectée, où se mêlent rapprochement et éloignement, surinformation et dispersion de l’attention. Le paradoxe est là, tangible : on se retrouve plus souvent, mais pas toujours mieux.
Comment préserver l’équilibre familial face à la place grandissante des écrans ?
En quelques années, la présence des écrans s’est imposée dans la vie de famille comme une évidence. Entre tablettes, smartphones, ordinateurs et téléviseurs, chacun navigue entre loisirs numériques, travail et échanges virtuels. Conséquence : le fonctionnement familial peut se fragmenter, les liens s’effilocher, la convivialité s’effacer. Selon OpinionWay, plus d’un parent sur deux consulte son téléphone pendant les repas, perturbant les instants de partage à table.
Pourtant, des gestes simples existent pour restaurer le dialogue. Instaurer des temps sans utilisation d’écrans, en particulier lors des repas ou des moments destinés à la famille, peut faire la différence. Il s’agit aussi d’ouvrir le dialogue sur les pratiques numériques : quels contenus, quelle durée, pour qui ? L’accompagnement parental ne rime pas avec surveillance, mais avec des règles claires, adaptées à l’âge et à la maturité numérique de chaque enfant.
Voici quelques pistes concrètes à mettre en place :
- Établir ensemble des horaires sans écrans, pour retrouver des moments d’échanges réels.
- Privilégier des activités en commun, sans technologie : jeux de société, balades, discussions sans filtre.
- Informer les enfants sur les risques liés à une utilisation excessive et sur les bénéfices d’une utilisation réfléchie.
La question de l’impact des écrans sur la santé et le bien-être émotionnel des jeunes occupe une place de choix dans le débat public. Les pédiatres recommandent de regarder la qualité du temps passé devant les écrans, pas seulement la quantité. Bien choisies, certaines ressources éducatives en ligne peuvent enrichir les moments familiaux. L’objectif : faire vivre le lien familial sans diaboliser la technologie, tout en plaçant la relation humaine au centre.
Réseaux sociaux et enfants : ce qu’il faut savoir pour accompagner au mieux
Le rapport des enfants aux réseaux sociaux suscite débats et vigilance. En France, la plupart des ados ont un compte sur au moins une plateforme, avec une première inscription qui intervient désormais vers douze ans, selon la CNIL. Cette entrée précoce dans l’univers du partage et de la publication s’accompagne de risques spécifiques : contenus inadaptés, cyberharcèlement, pression sociale, tendance à l’utilisation excessive.
Mais les réseaux sociaux ne sont pas qu’une menace. Ils offrent aussi un terrain pour tisser des liens, apprivoiser de nouveaux codes relationnels, à condition que l’accompagnement parental soit présent mais non intrusif. L’essentiel ? Installer un dialogue ouvert, parler sans détour de la réputation numérique, du respect de la vie privée, des règles à suivre. S’appuyer sur la confiance, inviter l’enfant à montrer les applications qu’il utilise, discuter ensemble de ce qu’il partage, de ce qu’il ressent face aux interactions en ligne : tout cela construit un cadre rassurant.
Pour guider l’accompagnement, voici quelques repères :
- Baliser l’accès aux plateformes, surtout pour les plus jeunes.
- Rappeler que l’anonymat sur internet a ses limites.
- Prêter attention aux signes de mal-être ou d’isolement.
Désormais, la santé mentale et le bien-être émotionnel des enfants s’évaluent aussi au prisme de leur vie numérique. Les réseaux sociaux, omniprésents, doivent trouver leur place dans la réflexion familiale, ni diabolisés ni banalisés, mais accompagnés avec vigilance et confiance.


